lundi 2 décembre 2024



Histoire de la porcelaine chinoise (fabrication, élaboration et création des couleurs) au Musée des arts asiatiques Guimet en avril 2024. Ci-dessus, couverte vert céladon, couverte bleu d'eau finement craquelée, période Song et (figure 6) coupe, imitation bois et argent, province du Jiangxi, dynastie Qing (1736-1795).

dimanche 1 décembre 2024

C'est toujours un événement de découvrir un lieu de concert et c'est aussi toujours un événement d'écouter, de voir, un concert sous la baguette de la cheffe d'orchestre (l'Orchestre de Chambre de Paris) et de choeur (accentus) Laurence EQUILBEY. D'autant plus que ce soir- là, en seconde partie, était interprété le Requiem de Gabriel Fauré. La grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris était pleine, le public attentif, concentré, séduit, tout entier happé par l'oeuvre, par la juste et profonde et sobre interprétation qu'offraient les artistes. En remerciement de cette soirée exceptionnelle, le public a chaleureusement manifesté sa joie en de longs applaudissements et par une ovation dont j'ai rarement été témoin lors d'un concert lyrique classique. L'hommage au compositeur s'était conclu par Le Cantique de Jean Racine et la première partie de la soirée était consacrée à la mélodie française (Fauré, Saint-Saëns, Massenet) avec Sandrine PIAU, soprano, Julien DRAN, ténor, Etienne DUPUIS, baryton. 

Je me souviens de la collaboration Sandrine Piau-Laurence Equilbey pour une autre interprétation du Requiem de Fauré il y a presque 20 ans dans notre département du Cher, à l'Abbaye de Noirlac. Depuis, les recherches, les créations (concerts, disques) des deux artistes m'offrent tant d'émotions, tant de sensations et enrichissent les espaces sonores qui inspirent et dynamisent mes cheminements et mes questionnements.

 

Etienne Dupuis, Sandrine Piau, Laurence Equilbey et l'Orchestre de Chambre de Paris, le 5 avril 2024


La Philharmonie de Paris, architecte Jean Nouvel





la grande salle Pierre Boulez











Avril 2024, visite de l'exposition VERA MOLNAR à Beaubourg :

Parmi toutes les oeuvres suscitant un égal intérêt et je dirais presque une fascination (par la technique et la forme choisies et maîtrisées, par l'audace du thème, par l'inventivité), je sélectionne les 2 photographies ci-dessous de l'oeuvre "OTTWW" réalisée de 1981 à 2010 :


fils noirs, clous sur le mur (détails)

Cette installation s'inspire d'un poème du poète anglais Shelley, Ode to the West Wind (1820), auquel Vera Molnar était attachée. Résultant d'un algorithme créé par l'artiste, les formes angulaires sont issues d'une figure mathématique reprenant la lettre W. Elles se déploient sur le mur à l'aide d'un fil de coton continu passant de clous en clous, comme les feuilles emportées par le souffle du vent évoquées par le poète.
Cette exposition m'a permis aussi de découvrir des notes, dessins, réflexions que l'artiste avait consignés dans des cahiers à petits carreaux et il est émouvant de voir les choix des processus qu'elle avait éffectués tout au long de son cheminement. 



vendredi 9 février 2024

Le 9 février, ROBERT BADINTER nous a quitté.e.s. 

L'homme politique, l'avocat, l'homme de droit, l'intellectuel, l'écrivain, le sage marquent, nourrissent et portent notre mémoire. Il est indissolublement lié à notre histoire comme défenseur des lesbiennes et des gays (grâce à lui, dépénalisation des homosexualités), comme militant et législateur des droits humains  (grâce à lui, abolition de la peine de mort).

"Condorcet, un intellectuel en politique", essai historique écrit avec son épouse Elisabeth Badinter, philosophe, m'aura passionnée de par son écriture vive et alerte et de par son érudition et la mise en exergue des engagements et des propositions politiques dont avait fait preuve l'homme du XVIIIème. J'avais été très émue en 2019 par le récit familial et autobiographique que Robert Badinter avait eu la généreuse idée de nous offrir avec "Idiss" (édition Librairie Arthème Fayard, Paris, 2018).

Qu'un hommage national lui soit rendu.

"Gisèle Halimi et Raymond Forni déposèrent une proposition de loi (loi n° 82-683 du 4 aout 1982 abrogeant le délit d'homosexualité), avec l'accord du gouvernement. [...] Contre ce texte symbolique, quelques députés conservateurs s'enflammèrent. On aurait cru, à les entendre, que nous souhaitions transformer Paris en un vaste Sodome et Gomorrhe. Je m'interrogeais in petto sur les sources profondes de ces dénonciations enflammées de l'homosexualité. Au Sénat, lorsque le texte vint en discussion, ce fut pire encore. Je revois un important parlementaire de droite à la tribune, si cramoisi d'indignation qu'on pouvait craindre pour lui un transport au cerveau. Je l'écoutai avec intérêt, car il avait du talent. Je l'imaginais sous les traits d'un des notables de la Chambre des pairs, sous la monarchie de Juillet, immortalisés par Daumier, avec le menton lourd entouré de favoris, enfoui dans un col très haut. Il était vain en tout cas, d'espérer convaincre la majorité sénatoriale du bien-fondé de la suppression du délit d'homosexualité. A croire qu'aucun homosexuel n'avait siégé au palais du Luxembourg ! Il fallut aller jusqu'au bout de la navette parlementaire. Trois fois le Sénat rejeta le texte sacrilège. Vingt-cinq ans plus tard, siégeant à mon tour dans la Haute Assemblée lors du débat sur le Pacs, j'eus plaisir à rappeler à la majorité sénatoriale son soutien de jadis à la répression de l'homosexualité." (extrait de "Les Epines et les Roses", édition Librairie Arthème Fayard, Paris, 2011).

Précédemment à ce passage, l'auteur Robert Badinter précise que l'article en cause n° 331.2 du Code pénal était tout droit issu d'une loi de Vichy qui avait créé le délit d'homosexualité.  

samedi 18 novembre 2023

 

·       ·         "Proust, Roman familial" de Laure MURAT : passionnant récit de l’autrice entremêlant sa lecture de "A la Recherche du Temps perdu" (nourrissant une réflexion presque anthropologique et politique sur l'homosexualité, son exclusion et son ostracisme, sur l'ampleur de l'hypocrisie de la société aristocratique) à sa vie personnelle et à sa famille, noblesse de cour et noblesse d’empire, dont les noms et la généalogie ont inspiré le romancier et se retrouvent incarner des personnages de fiction au sein de la Recherche. Au fil de sa lecture et de son analyse, Laure Murat dresse un portrait au vitriol de ce petit monde privilégié, vaniteux et inculte, clos sur lui-même, dont le mode de vie repose sur un édifice de représentation sociale complètement artificiel. Elle semble prendre plaisir à démonter les mécanismes et les rouages qui sont à la source du ridicule et du vide de sens des us et coutumes de cette société et ce plaisir est contagieux. Son style et son écriture sont redoutables et usent d’ironie et de dérision. L’humour surgit. Elle met au jour et éclaire un aspect de l'entreprise de l'écriture de la Recherche en soulignant que Proust (journaliste mondain) était fasciné par ce petit monde et admiratif de son esprit et que petit à petit au cours de son assimilation et de ses pérégrinations en son sein, l'auteur a été saisi par la nature de l'échafaudage, sa fragilité parce que illégitime, que de génération en génération l'aristocratie française avait construit et avait jalousement préservé afin de dominer autrui et de vivre de ses privilèges et de ses rentes (richesse assise sur des terres et des biens immobiliers volés au peuple, ajoute-t-elle) en prenant bien soin de ne pas travailler (quel mot vulgaire ! Et pourquoi donc ? Pour partager la condition de ces manants ? Chez ces gens-là, on ne partage pas). L’autrice est d'autant plus acerbe que sa famille l'a bannie et l’a déshéritée lorsqu’elle a dévoilé son homosexualité, sa mère, en réponse, la taxant de "fille perdue". Grâce à ce livre magnifique, j'ai découvert un Proust inconnu et j'ai pu constater combien fait preuve ce microcosme social singulier (bien vivace et bien présent dans notre société, grâce à l'Église notamment) de férocité, d'inhumanité et d’inculture. De Laure Murat, j'avais lu en 2004 "Passage de l'Odéon" qui est une belle et passionnante enquête historique sur le milieu littéraire parisien dans l'entre-deux-guerres et qui place à l'avant-scène le couple lesbien Adrienne Monnier et Sylvia Beach. Elles avaient ouvert deux librairies (fréquentées par l'avant-garde : Aragon, Breton, James Joyce...) dont "Shakespeare and co", désormais située près de Notre-Dame.

« Secondaire, décalé, anecdotique par rapport à la norme et à la majorité, l’homosexuel.le, jusque-là cantonné.e à la couleur locale des amours spéciales et des comportements contre nature, gagne avec Proust le statut de sujet. Qu’importent les jugements de valeur d’une Recherche passablement homophobe, Proust change de façon radicale le régime du sujet minoritaire, en le débarrassant de sa condition particulière pour le faire accéder à l’universalité. »

Editions Robert Laffont, Paris, 2023

 

·         "Impossibles Adieux" de HAN KANG, traduit du coréen : comment décrire et comment parler de ce livre dont l’auteure n’est pas une inconnue et avait reçu le man booker prize international 2016 pour le roman « La Végétarienne » ? Des forces le traversent et l'édifient : la poésie, l'histoire, la violence, la cruauté, l'amitié, la nature, l'imaginaire. Et le réel de la mémoire. Ce récit, écrit sous forme de roman, est la quête douloureuse et insatiable de la vérité de la disparition (où ? quand ? comment ? qui ?) d’hommes, de femmes, d’enfants en quelques mois de 1948 et 1949. Tortures et assassinats ont sévi en Corée, perpétrés par « les jeunes extrémistes de droite issus du nord » contre des familles entières : « Il y avait un ordre du gouvernement militaire américain, il fallait empêcher le communisme de gagner du terrain, fût-ce en assassinant trente mille habitants de l’île ». A la lecture de ce livre, nous comprenons que les exactions commises pendant la guerre civile sont une blessure indélébile et incommensurable pour le peuple coréen mais surtout une blessure qui a été enfouie, censurée, tue comme les corps, les cadavres des victimes ont été cachés, ensevelis, engloutis dans des grottes de l’île de Jeju. Ce roman est si riche, si dense en émotions, en sensations et si déroutant aussi (pour une occidentale ?) par la mise en scène et la description de la relation si simple et si directe que vivent les deux femmes, où respect et abnégation se conjuguent et fondent une amitié indéfectible. Leurs inconscients, leurs imaginaires se rejoignent et se confondent et tissent des relations étrangement fantastiques avec les animaux, les arbres, la nature, les matières. Traumas, rêves, tempêtes ébranlent les personnages et les mènent, les projettent sans ménagement dans le labyrinthe des récits et des souvenirs lacunaires et dans le gouffre de l’indicible.

« Au début, je crois voir des oiseaux. Des dizaines de milliers d’oiseaux blancs volant au fil de l’horizon.  Mais ce ne sont pas des oiseaux. Un vent fort soufflant sur la mer lointaine vient de disperser les nuages lourds de neige. Pris dans les rayons du soleil, les flocons de neige scintillent. La lumière, réfléchie sur la surface de la mer, se démultiplie, forgeant l’illusion d’une longue bande d’oiseaux d’un blanc éblouissant survolant la mer. »

Editions Grasset et Fasquelle, 2023 

 

·         « Ma Mère rit » de Chantal AKERMAN : ma mère sa mamaladie en fragments violence entêtée muette une noire comédie de l’ordinaire hors camps la Shoah les paroles tues la relation avec C. compagne toxique la parole coule de la blessure d’un non-dit d’un inoui « et ma mémoire est courte » le quotidien « j’aurais pas dû » la chaise la table de la cuisine et l’errance-la concentration (dans) la douleur.

Ca paraît simple ça paraît facile, l’épure de son écriture est un travail d’orfèvre : élimée, émondée, écrêtée. Sa lucidité, blanche, impudique, l’a ciselée. Le tempo de sa phrase malmené décalé fille et mère se recoupant se superposant. Des flux de mots cadrés décadrés en paragraphes ouvrent des lignes et des images sur les relations qui nous fondent, nous déterminent, sur l’insoutenable perte, sur la mémoire introuvable.

Akerman était est une cinéaste et une auteure d’exception. Son écriture est magnifique.

« J’ai écrit tout ça et maintenant je n’aime plus ce que j’ai écrit. C’était avant, avant l’épaule cassée, avant l’opération du cœur, avant l’embolie pulmonaire, avant que ma sœur ou mon beau-frère ne m’appelle pour lui dire au-revoir (à tout jamais). Avant qu’elle ne revienne chez elle à Bruxelles pour toujours. Avant qu’elle ne rie. Avant que je comprenne que j’avais peut-être tout compris de travers. Avant que je comprenne que je n’avais qu’une vision tronquée et imaginaire. Et que je n’étais capable que de ça. »

Réédition éditions Gallimard, collection L’Imaginaire 2023, avec photogrammes de films de l’auteure et photographies


 

 
















 "Quand vous entendez dire du mal des juifs, dressez l'oreille, on parle de vous."

FRANTZ FANON


Rassemblement contre l'antisémitisme et pour la République place Marcel Plaisant le 12 novembre 2023 à Bourges (Cher)

SbB, travail en cours série Endless 2026 brou de noix, pastels, craies et bien plus... sur papier  format 65 X 65 cm format 30 X 30 cm